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13 juillet 2015

Une enquête française met en évidence l’intensification du travail

Un rapport récent analyse les données de l’enquête française sur les conditions de travail 2013. Il montre une double tendance. D’une part, les différentes contraintes qui contribuent à l’intensité du travail n’ont pas arrêté d’augmenter depuis 30 ans. D’autre part, pour un nombre croissant de travailleuses et de travailleurs, l’intensité du travail est causée par plusieurs contraintes de nature différente.

Les contraintes liées aux machines et techniques qui caractérisaient auparavant le travail ouvrier connaissent une diffusion significative dans les services. Pour l’ensemble des salariés, entre 1984 et 2013, le pourcentage des personnes qui déclarent que le rythme de travail est imposé par le déplacement automatique d’un produit ou d’une pièce passe de 2,1 à 5,4 %. Le pourcentage d’ouvriers concernés a plus que triplé (de 6,5 % à 21,7 %). Le nombre d’employés concernés a été multiplié par 15 (de 0,3 % à 4,4 %). Le pourcentage des personnes qui déclarent que le rythme de travail est imposé par la cadence automatique d’une machine augmente dans une moindre mesure (de 3,4 à 5,3 % de l’ensemble des salariés). Le pourcentage de personnes qui déclarent que le rythme de travail est imposé par d’autres contraintes techniques est multiplié par quatre (de 2,8 à 11,1 %). L’évolution est particulièrement sensible parmi les employés de commerce (de 1,8 % à 15,2 %).

La dépendance vis-à-vis des collègues est également un facteur d’intensité du travail qui augmente significativement. Le pourcentage de travailleurs concernés passe de 11,2 à 29,6 %.

La standardisation des procédures de travail débouche de plus en plus sur l’imposition de délais à respecter. La proportion de salariés qui déclarent que le rythme de travail leur est imposé par des normes ou des délais à respecter en une heure au plus a été multipliée par cinq (de 5,2 à 27,3 %). La proportion de salariés dont le rythme de travail est imposé par une demande extérieure exigeant une réponse immédiate a été multipliée par deux (de 28,3 à 58 %).

La proportion de salariés qui déclarent que le rythme de travail est imposé par un contrôle hiérarchique permanent a presque doublé (de 17,4 à 31,5 %). Un contrôle et un suivi informatisés concernent désormais plus d’un travailleur sur trois contre un travailleur sur quatre en 2005. Cette pression s’exerce dans toutes les catégories socioprofessionnelles de façon significative.

Le travail répétitif affecte également un nombre croissant de salariés : de 20,1 % en 1984 à 41,2 % . Les femmes sont plus exposées que les hommes à cette contrainte. La nécessité de ne pas quitter le travail des yeux concerne désormais quatre salariés sur 10 (39,1 % en 2013 contre 15,% en 1984).

L’enquête de 2013 a introduit un certain nombre de questions nouvelles qui abordent les conséquences de l’intensité du travail. Plus d’un salarié sur trois déclare travailler sous pression toujours ou souvent. Environ la moitié des salariés déclare devoir penser à trop de choses à la fois toujours ou souvent. L’envahissement par le travail des temps de vie est également fréquent. 43,6 % des salariés déclarent continuer à penser à leur travail même quand ils n’y sont pas. Le pourcentage des femmes dans ce cas est légèrement plus élevé que celui des hommes. Plus de 40 % des salariés déclarent qu’il leur est arrivé de travailler tout en étant malades au cours des 12 derniers mois. C’est le cas de 46,1 % des femmes contre 36,3 % des hommes.

Cette enquête sur les conditions de travail a été réalisée auprès d’un échantillon d’environ 34.000 personnes. Il s’agit de la sixième édition d’une enquête qui a démarré en 1978. Cela permet de suivre l’évolution des conditions de travail dans le temps. Les données sur l’intensification du travail apportent des éléments essentiels pour comprendre l’augmentation des troubles musculosquelettiques et la montée en puissance de la thématique des risques psychosociaux.

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