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19 octobre 2015

Rana Plaza : la sécurité mise à mal par l'absence de démocratie sociale

Le Rana Plaza et ses plus de 1.100 victimes, principalement des femmes, sont encore dans toutes les mémoires. L'effroi provoqué par la tragédie a contraint les géants de l'industrie vestimentaire à prendre des engagements en matière de sécurité dans les ateliers textiles du Bangladesh. Les résultats d'une recherche sur leur impact ont été dévoilés en primeur le 15 octobre, lors d'un forum mensuel de l'ETUI.

À la suite de la catastrophe, deux initiatives internationales ont été prises afin d'améliorer la sécurité dans le secteur du textile : l’Accord sur la sécurité des bâtiments et la protection contre les incendies (Accord on Fire and Building Safety), signé par quelque 180 multinationales dont H&M, C&A, Inditex/Zara, et l'Alliance pour la sécurité des travailleurs bangladais (Alliance for Bangladesh Worker Safety). Jimmy Donaghey et Juliane Reinecke, de l'université de Warwick (R-U), se sont rendus au Bangladesh afin de mener une recherche visant à comparer la portée de ces deux initiatives.

Jimmy Donaghey épingle d'emblée une différence fondamentale de nature : alors que l'Accord s'inscrit dans une approche de type "relations industrielles" où les syndicats ont leur mot à dire, l'Alliance est un outil beaucoup plus lâche, inspirée de l'approche "responsabilité sociale des entreprises", qui repose essentiellement sur la bonne volonté des signataires, sans consultation des travailleurs et des organisations indépendantes qui les représentent. Ce sont d'ailleurs deux entreprises américaines, GAP et Walmart, qui avaient refusé de se joindre aux autres multinationales signataires de l'Accord, qui sont à l'origine de l'Alliance.

Si dans leur mise en œuvre les inspections menées dans les ateliers textiles sur base des deux types d'engagement sont très proches (normes et système de reporting similaires), l'implication des travailleurs représente une ligne de démarcation très nette entre les deux initiatives : alors que l'Accord engage ses signataires à établir un comité pour la sécurité et la santé, l'Alliance propose essentiellement des outils de consultation des travailleurs centrés sur le travailleur individuel : call center, hotline, etc.

Ben Vanpeperstraete, qui représente au sein des instances de mie en œuvre de l'Accord les fédérations syndicales internationales Uni Global Union et IndustriAll Global Union, insiste pour sa part sur des différences notables en termes de transparence : "alors que l'Accord publie sur son site web ses rapports, l'Alliance s'y refuse."

Au-delà des différences d'approche entre les deux initiatives, le représentant des syndicats et le chercheur s'accordent sur les obstacles les plus importants à franchir pour améliorer la sécurité dans le textile bangladeshi : les manquements dans la mise en œuvre et le respect des législations et l'absence totale de culture de démocratie dans le monde des affaires.

"La législation du travail du Bangladesh est supérieure à celle du Royaume-Uni, mais elle n'est jamais mise en œuvre", observe Mr Donaghey. Ben Vanpeperstraete épingle de son côté les lacunes du corps d'inspecteurs du travail, tant en termes d'indépendance que de compétences. Tous deux soulignent également les liens étroits entre les industriels du textile et le monde politique.

Esther Lynch, récemment élue secrétaire confédérale de la Confédération européenne des syndicats, en charge du dossier de la santé et sécurité au travail, a souligné les similitudes au niveau des conditions de travail entre les travailleuses de l'industrie textile au Bangladesh et les ouvriers, souvent issus de l'immigration, dans certains secteurs au Royaume-Uni, en particulier l'industrie de la viande.

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