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Cancers professionnels

En 2014, près de 1,3 million de personnes sont décédées du cancer dans l'UE-28, ce qui représente plus du quart (26,4%) du nombre total de décès. Un pourcentage non négligeable de ces décès est la conséquence directe de l'exposition des travailleurs à des cancérogènes sur les lieux de travail. Les données disponibles permettent de considérer qu'au minimum 8 % des décès par cancer sont liés au travail. Pour certains cancers, comme les cancers du poumon ou de la vessie, cette proportion dépasse même très nettement la barre des 10 %. Avec plus de 100 000 morts par an, les cancers professionnels sont la première cause de mortalité au travail dans l’UE.

Cette "épidémie" de cancers ne frappe pas tous les lieux de travail avec la même vigueur. Différentes enquêtes nationales et européennes, ainsi que des études épidémiologiques, ont démontré que l'exposition aux cancérogènes concerne très majoritairement les ouvriers. Ceux-ci présentent un risque beaucoup plus élevé que les "cols blancs" d'être exposés à l'amiante et à une série de solvants dangereux issus de la pétrochimie. Ils sont également, comme les travailleurs de la construction, particulièrement exposés à la silice, aux rayons du soleil ou aux poussières de bois durs, dont le caractère cancérogène ne fait désormais plus aucun doute.

En ce qui concerne les femmes, il faut souligner les déficits importants des recherches disponibles. Cela conduit vraisemblablement à une forte sous-estimation des cancers liés au travail. Ainsi, le cancer du sein n'a fait l'objet que de recherches très limitées en ce qui concerne les facteurs liés au travail.

La CES et l’ETUI considèrent que la prévention doit être l’axe principal de toute stratégie syndicale en matière de lutte contre les cancers professionnels. La législation européenne offre aux travailleurs des instruments de qualité orientés précisément sur l’objectif de réduire, voire d’éliminer, les cancérogènes sur les lieux de travail. Malheureusement, ces instruments restent assez méconnus des travailleurs et rares sont les employeurs qui respectent leurs obligations légales. Par conséquent, et malgré la diminution des emplois dans l’industrie, le nombre de travailleurs exposés aux cancérogènes ne diminue pas. Une véritable mobilisation syndicale s’avère donc nécessaire, parallèlement à un travail visant à encore améliorer le cadre juridique européen.

Le 11 mai 2016, la Commission européenne a présenté une proposition de révision de la directive sur les agents cancérigènes et mutagènes (2004/37/CE). Concrètement, elle propose d'ajouter de nouvelles valeurs limites d'exposition professionnelle (VLEP) ou de modifier les valeurs existantes pour réduire l'exposition à 13 agents prioritaires. Certains de ces 13 cancérogènes, tels que la silice cristalline respirable, les composés du chrome VI, les poussières de bois dur ou de l'hydrazine concernent un très grand nombre de travailleurs. Le 12 décembre 2017, le Parlement européen et le Conseil a adopté le nouveau texte concernant la première phase de la révision de la directive de 2004. Celui-ci devra être transposé dans les différents pays de l’Union européenne au plus tard en 2019.

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    Conférence de l'ETUI "Travail et cancer", 14-15 novembre 2017

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Tony Musu

Tony Musu Chercheur senior tmusu@etui.org

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