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Les pouvoirs publics devraient tirer les leçons des périodes historiques antérieures lorsqu’il s’agit de réduire le fossé entre les riches et les pauvres. Telle était la substance du message du professeur Tony Atkinson lors de la seconde conférence du cycle « La crise et les inégalités » organisée par l'ETUI le 25 janvier 2013.

« Le sentiment d'optimisme qui prévalait après-guerre et qui voyait les sociétés développées évoluer vers davantage d'équité et moins d'inégalités a cédé la place à une vision pessimiste où les inégalités ne font que s'accroître» a déclaré l'économiste britannique au début de son intervention. Mais il a rassuré son public en indiquant que l'analyse historique de l'évolution des inégalités au cours des cent dernières années permettait également de nourrir un certain optimisme.

En reprenant une citation tirée d'une récente allocution de Christine Lagarde, directrice du FMI, à Davos, Tony Atkinson a mis en exergue la prise de conscience croissante de l'impact négatif pour l'économie d'une inégalité excessive: « l'inégalité excessive est destructrice pour la croissance et elle est destructrice pour la société. J'estime que les économistes et la communauté politique ont trop longtemps minimisé cet impact de l'inégalité ».

L'orateur a ensuite donné un aperçu des tendances en matière d'inégalités depuis 1911, en soulignant que les chiffres issus de ses recherches témoignent d'une situation plus complexe que celle à laquelle on s'attend généralement. En examinant trois groupes de pays (les pays nordiques, les pays anglophones et l'Europe continentale), il a présenté quelques graphiques montrant des résultats surprenants. Dans les pays nordiques, l'image qui présente les années 1950 et 1960 comme un âge d'or n'est pas confirmée par les données relatives à l'inégalité. Ces pays ont connu un recul de l'inégalité durant les années 1970 et le début des années 1980, suivi par une forte hausse à compter de la fin des années 1980, à laquelle a succédé une stabilisation dans la plupart des pays considérés - à l'exception de la Suède, où les inégalités ont continué à croître.

Pour les pays anglophones, les travaux d'Atkinson ont abouti à un résultat surprenant : les données ne confirment pas les affirmations de grands économistes comme Paul Krugman et Joe Stiglitz, qui faisaient état d'une aggravation des inégalités aux États-Unis. « Un examen détaillé vous permettra de constater qu'il n'y a pratiquement aucun changement en matière d'inégalités pendant toutes les années Clinton, Bush et Obama », a déclaré Tony Atkinson.

En matière d’inégalités, l'Europe continentale a connu entre les années 1950 et 1970 d’abord un recul, suivi d'une reprise et d'une hausse particulièrement forte des inégalités en Allemagne au cours des dernières années.

Tony Atkinson en conclut que « le tableau n'est pas entièrement pessimiste : à l'exception de l'Allemagne et de la Suède, aucun des pays examinés n'a connu de hausse constante des inégalités au cours des dix dernières années », ajoutant qu'une « dernière raison de ne pas se montrer trop pessimiste est qu'il y a eu des périodes durant lesquelles l'inégalité a effectivement reculé. »

Il a également souligné que dans la plupart des pays, les catégories les plus favorisées avaient connu une envolée de leurs revenus, à laquelle ont notamment contribué les rémunérations excessives dont bénéficient les « superstars » comme les footballeurs ou les vedettes des médias.

Dans la dernière partie de son intervention, le professeur Atkinson est revenu sur le sujet des politiques nécessaires pour maîtriser les inégalités. Il y a des leçons à tirer des périodes où les inégalités ont été réduites, mentionnant comme exemples de bonne politique une accentuation du caractère progressif de l'imposition, une TVA sur les biens de luxe et une imposition des successions plus efficace. Pour Atkinson, il existe dans de nombreux pays des réorientations en faveur d'une imposition plus juste.

En conclusion, Tony Atkinson a rappelé les véritables motifs de préoccupation: « la tranche supérieure dans la distribution des revenus semble s'emballer » et « la manière dont nous avons réussi à maîtriser la dispersion croissante des revenus dans les années 1950 et 1960 ne semble pas être à l’ordre du jour actuellement». Il a toutefois relevé les raisons qui autorisent un optimisme prudent : la hausse des inégalités de revenus en général pourrait avoir atteint un plateau dans certains pays ; dans le passé, il y a eu des périodes où les inégalités se sont réduites et nous pouvons en tirer les leçons ; il y a des mesures à prendre. Dans ce cas, la réponse à la question de savoir « où vont nous mener les inégalités? » est que « cela dépend de nous ».