Le Maroc a récemment enregistré une augmentation record des cas de coronavirus avec un pic quotidien de plus de 550 cas détectés, selon les données de l'OMS. Les autorités locales marocaines ont identifié deux usines de transformation de fraises et de fruits rouges appartenant à des Espagnols comme étant les foyers de l'épidémie. Ces usines appartiennent à Frigodar et Natberry, deux sociétés espagnoles qui opèrent dans les régions agricoles entre Larache et Rabat dans la région de l'Atlantique Nord du pays. Les usines sont spécialisées dans l'emballage et la congélation de fruits rouges. La multiplication des cas a incité le ministère marocain de l'Intérieur à renforcer les restrictions et à limiter l'accès à plusieurs villes et villages de la région.

L'entreprise sévillane Frigodar emploie 1 313 travailleurs marocains, dont 457 ont été testés positifs au COVID-19 en un seul jour, indiquent les autorités. Le taux de mortalité dans la région a augmenté de façon spectaculaire parmi les parents des travailleurs et d'autres habitants. La région de l'Atlantique Nord est rapidement devenue un point chaud de COVID-19 à la fin du mois de juin. Cela confirme que les lieux de travail sont un excellent incubateur de contamination. Le gouvernement marocain a en conséquence temporairement fermé les usines appartenant à des étrangers.

Le salaire moyen quotidien d'un travailleur saisonnier au Maroc est de sept euros. Dans la région du Nord, près de Lalla Mimouna, jusqu'à 120 000 personnes travaillent dans le secteur agroalimentaire dont la plupart sont des femmes. Les travailleurs sont contraints de se déplacer pendant de longues heures dans des minibus surchargés pour se rendre de leur domicile aux fermes et aux usines de conditionnement. Dans ces moyens de transport, il est presque impossible de maintenir des mesures de distanciation physique, rapportent les syndicalistes locaux. Pour beaucoup, les journées de travail peuvent aller jusqu'à 17 heures : 8 heures de travail en équipe avec un temps de trajet de 9 heures.

Le secrétaire général adjoint de la Fédération nationale du secteur agricole (UMT), Driss Adda, appelle à une action immédiate de la part du gouvernement, afin de remédier à la situation des travailleurs de l'agroalimentaire. Les conditions de travail et de vie de nombreux travailleurs de la chaîne d'approvisionnement alimentaire et, en particulier, dans l'agriculture, sont inférieures aux normes dans la région. Les entreprises du secteur agroalimentaire doivent garantir un logement décent, un transport, des tests rapides et la fourniture d'équipements de protection pour tous les travailleurs. Depuis l'apparition de l'épidémie, le procureur du roi auprès de la cour d'appel de Kenitra a ouvert une enquête judiciaire qui devrait examiner la recrudescence soudaine des cas dans ces usines de transformation de fruits.

Les médias marocains ont montré des dizaines de véhicules transportant des travailleurs malades de la ville de Lalla Mimouna à l'hôpital Ben Slimane où sont traités les cas de COVID-19. Le gouvernement a également mis en place un hôpital de campagne à Sidi Yahia del Gharb, au nord de Rabat, pour soigner les quelque 700 travailleurs qui ont été testés positifs. La nouvelle de l'épidémie dans la région fruitière est tombée le jour où le gouvernement a annoncé un assouplissement progressif des mesures de confinement et de distanciation physique dans le reste du pays. La région de l'Atlantique Nord restera strictement confinée.

Sources: Al Jazeera, WHO, UMT, Atalayar, El Pais, Medias 24, L’Opinion.

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