Alors que les cas de Covid-19 continuent de se multiplier parmi les mineurs de charbon de la province de Silésie dans le sud de la Pologne, on craint de plus en plus qu'une situation similaire ne se développe dans la région voisine de Moravie-Silésie, dans le nord-est de la République tchèque. Au 16 juin, la République tchèque comptait un peu plus de 10 000 cas et 330 décès. Si, proportionnellement, le pays compte plus de cas pour cent mille habitants que la Pologne, son taux de mortalité est inférieur à celui de son voisin. La région de Moravie-Silésie elle-même comptait 1817 cas, ce qui représente 18 % du total des cas dans une région qui abrite 11 % de la population tchèque totale. Cette région, qui constitue un important site d'extraction de charbon, a enregistré 57 décès au 17 juin. Le district frontalier de Karviná reste le plus touché.

Située à Karviná, la mine de Darkov, exploitée par l'entreprise publique OKD qui emploie actuellement 1800 personnes, est devenue un foyer d'infection. Elle a enregistré 495 cas positifs depuis le début de la pandémie. Ce nombre inclut les travailleurs (65%) ainsi que les membres de leur famille (32%), ce qui indique la forte probabilité que les mineurs infectés aient pu contaminer leur propre famille. Vu que le nombre de cas ne cesse d'augmenter, il a été décidé d'arrêter la production de charbon à la mine Darko le 22 mai. Actuellement, les travailleurs reçoivent 60 % de leur salaire. En raison d'un manque de mineurs qualifiés en République tchèque, la mine emploie également des travailleurs venant de Pologne, dont 22 ont été testés positifs. Les conclusions des tests ont fait craindre que la contamination ne devienne un problème transfrontalier entre la Pologne et la République tchèque.

Les travailleurs et leurs familles ont également dû faire face à des informations contradictoires de la part des autorités. Le 12 juin, le ministère tchèque de la Santé a annoncé que les Tchèques et les étrangers revenant du Portugal, de Suède et de la voïvodie (province) de Silésie devraient "se soumettre à un test de dépistage à leur retour". La veille, le ministre de la Santé, Adam Vojtěch, a déclaré que, bien que nombre de foyers se développent, "nous réussissons à empêcher leur propagation, notamment grâce au système d'alerte précoce, à une quarantaine intelligente, à des tests locaux et à l'excellent travail des médecins hygiénistes et de l'armée". De même, la station régionale de contrôle sanitaire de la région de Moravie-Silésie a ordonné le 15 juin que tous les travailleurs des mines de l'OKD soient soumis à des tests préventifs avant la fin du mois. Trois jours auparavant, la même autorité régionale avait déclaré que, dans le district de Karviná, "les manifestations de plus de 100 personnes et les visites aux établissements médicaux et sociaux" étaient à nouveau autorisées et que les autorités municipales n'avaient plus à "procéder à la désinfection ciblée des espaces publics".

Selon Rostislav Palicka, président des syndicats de mineurs tchèques, suite à une demande de ces derniers lorsque le nombre de cas a commencé à augmenter en mars, l'OKD a mis en place "des mesures de température individuelles, l'interdiction de vendre des repas dans les locaux de la mine ainsi que les soupes que les mineurs prennent avant leur service". Il estime que l'équipe de crise mise en place par l'entreprise avec la participation des syndicats et des services sanitaires "fonctionne bien et trouve toujours un consensus". L'entreprise a déclaré qu'au début du mois de juin, elle a procédé à une "désinfection intensive" de toutes les zones de la mine. Quant aux trois autres mines de la région, "elles ne sont limitées que par la réduction du temps de travail d'une heure et le passage du système à quatre équipes à celui à trois équipes, de sorte que les équipes ne se rencontrent pas".

Néanmoins, pour le président des syndicats de mineurs tchèques, l'entreprise est dans "une situation financière très difficile" et l'on "s'attend à ce que ces mines cessent leurs activités avant 2030". Selon lui, dans ces circonstances, "les syndicats ou les travailleurs ne peuvent pas faire grand-chose pour prévenir de tels risques jusqu’à ce qu’ils soient connus ou spécifiques". La situation actuelle dans la région n'a pas encore atteint les chiffres élevés de la province de Silésie en Pologne. Il reste à voir si le gouvernement parviendra à éviter une nouvelle propagation du virus parmi les collectivités minières. En effet, bien qu'il y ait peu d'interaction entre les syndicats tchèques et polonais, les deux pays ont un problème similaire avec les exploitants miniers et les autorités : la qualité, la quantité et le processus de dépistage.

Source : ECDC, administration de la région de Moravie-Silésie, ministère tchèque de la Santé, Deník