Un soupir collectif de soulagement et de réjouissance a été entendu dans le monde entier lorsque les médias ont finalement annoncé, le 7 novembre, que Joe Biden était le nouveau président élu des États-Unis. Ce n'était pas la vague bleue attendue par beaucoup, mais plutôt une victoire satisfaisante mais toujours contestée qui a dissipé toute croyance dans le fait que la victoire de Trump en 2016 était un accident historique. Quand bien même Trump ne sera plus le président des États-Unis, son héritage politique risque de hanter le pays pendant longtemps. Cette situation et le manque éventuel de majorité au Congrès (jusqu'à un second tour dans deux districts de Géorgie en janvier) limiteront la marge de manœuvre de Biden pour apporter les changements législatifs dont le pays a désespérément besoin.

Hormis l'importance de cette élection pour l'Amérique (qui déterminera sa trajectoire de développement pendant des décennies) et pour la politique à l'échelle mondiale (multilatéralisme), son impact le plus important sera la manière dont le monde parviendra à faire face à la crise climatique. Sous Trump, l'objectif crucial de réchauffement à hauteur de 1,5 °C serait devenu impossible à atteindre avec toutes les conséquences désastreuses que prévoyait le rapport 2018 du GIEC. Malgré des politiques innovantes au niveau des Etats, en quittant l'Accord de Paris et en continuant à exploiter le pétrole et le gaz, une future administration Trump aurait pu mener le monde au point de non-retour. Il ne faut pas oublier que la "révolution du fraking" aux États-Unis n'était pas seulement l'affaire du pays tout entier, mais qu'elle a également transformé le marché mondial en prolongeant l'ère des combustibles fossiles.

Mais que pouvons-nous attendre de façon réaliste du nouveau gouvernement américain en 2021 ? Joe Biden considère le changement climatique comme une urgence et a promis de renouer avec l'Accord de Paris. Dans le prolongement de l'initiative du Green New Deal (GND) des démocrates américains, une vague massive d'investissements verts allant jusqu'à 2 000 milliards de dollars a été annoncée, avec le déploiement rapide d'énergies renouvelables et de stations de recharge pour véhicules électriques. L'objectif est d'atteindre une électricité 100 % verte d'ici 2035 et la neutralité climatique d'ici 2050. En revanche, Biden n'a pas semblé très convaincant lors du deuxième débat présidentiel par rapport à la question de Trump sur l'élimination progressive des combustibles fossiles. Les résultats des élections dans le Kentucky, en Virginie occidentale et dans les Dakotas expliquent ses hésitations. Le soutien massif dont bénéficie Trump dans ces régions dépendantes des combustibles fossiles, mais aussi dans l'ancienne ceinture de rouille industrielle, rendra très difficile l'adoption d'une politique climatique progressiste et ambitieuse, en particulier avec l'absence très probable de majorité au Congrès.

Ce constat met en évidence une faiblesse dans l'approche de Biden et, dans un contexte plus ample, la division des syndicats sur la question. Bien que l'idée d'une "transition juste" soit née en Amérique du Nord, le GND ne reconnaît pas totalement le rôle du financement public dans une transition juste qui consiste à faciliter et à soutenir activement le processus de transition. Bien que l'Alliance BlueGreen, qui regroupe 13 syndicats, soit largement favorable au plan Biden et ait élaboré un guide politique pour une transition juste, elle n'aborde pas la question sensible de l'indemnisation des travailleurs déplacés. Ce concept de "transition juste" s'appuie principalement sur la justice environnementale et climatique, en mettant l'accent sur la justice raciale (et celle des premières nations) et sur les futurs emplois verts, de qualité et syndicalisés, mais en se concentrant moins sur les travailleurs du charbon, du pétrole et de l'automobile. 

Les syndicats présents dans les industries à forte intensité énergétique, en revanche, ne soutiennent aucune législation sur le climat qui n'inclurait pas un programme concret et spécifique pour aider les travailleurs et les communautés touchées de manière démesurée.

Une part importante de ce financement devrait aider les travailleurs (blancs et masculins pour la plupart) de l'industrie fossile à trouver une nouvelle perspective d'avenir en s'assurant qu'ils ne seront pas perdants lors d'une transition verte.  Les convaincre, ou du moins dissiper certaines de leurs craintes, semble être aussi important que de lancer des politiques climatiques et environnementales ambitieuses. L'Europe est loin d'être parfaite à cet égard, mais elle a néanmoins quelques leçons à proposer.

Pour en savoir plus sur le programme du futur président Biden en matière de changement climatique, consultez le nouveau site internet du président élu "Build Back Better ".

*Avis de non-responsabilité : les points de vue et opinions représentés dans cette newsletter appartiennent uniquement aux auteurs et ne représentent pas ceux de l'ETUI. 

Crédits photos : Photo officielle de la Maison Blanche par David Lienemann