À l’occasion de la Journée internationale de commémoration des travailleurs morts ou blessés au travail, la Confédération européenne des syndicats (CES) a publié un manifeste exhortant l’Union européenne, les gouvernements des États membres et les employeurs à mettre fin aux décès au travail d’ici 2030. "N’enregistrer aucun décès au travail n’est pas une idée utopique. La tendance des accidents mortels sur le lieu de travail est à la baisse et l’éradication des accidents mortels est un objectif réalisable", souligne le manifeste.

Même s’il est vrai que la tendance générale est à la baisse, un examen plus approfondi des statistiques dévoile que les progrès ont été lents et loin d’être réguliers et que les décès ont à nouveau augmenté en 2019. Une analyse réalisée par l’Institut syndical européen (ETUI) a révélé que les accidents du travail mortels pourraient disparaître à l’horizon 2055 si l’évolution se poursuit de manière linéaire et au même rythme que durant la dernière décennie. Dans ce scénario, il faut s’attendre à 27.041 décès supplémentaires au travail d’ici la fin de la décennie. Par ailleurs, les prévisions sont encore plus sombres si l’on considère les États membres séparément. Si la tendance 2010-2019 se maintient, les décès liés au travail ne devraient pas du tout diminuer en Espagne et devraient même augmenter en France. Même parmi les pays obtenant les meilleurs résultats, les accidents mortels sur le lieu de travail ne sont pas près de disparaître : 2027 en Pologne, 2030 au Portugal et 2034 aux Pays-Bas. S’il est très peu probable que la tendance suive une évolution strictement linéaire, cette analyse souligne que le rythme actuel des progrès n’est tout simplement pas suffisant.

Les longues journées de travail et la pression psychologique au travail peuvent provoquer des maladies cardiaques et des suicides. La pandémie de COVID a entraîné la mort de plusieurs milliers de travailleurs, ce qui montre que le lieu de travail est une source majeure de contagion et que nous devons être mieux préparés aux futures pandémies. Par ailleurs, quelque 100.000 travailleurs succombent chaque année à un cancer professionnel dû à l’exposition à des substances dangereuses. La Commission européenne a récemment publié le cadre stratégique de l’UE pour la santé et la sécurité au travail 2021-2027, adoptant l’approche "vision zéro" pour éliminer les décès liés au travail dans l’UE. Le manifeste de la CES indique que "l’Europe doit davantage ‘joindre le geste à la parole’ que ‘se perdre en palabres’", car les actions promises dans le manifeste ne permettront pas d’atteindre l’objectif de zéro décès. Pour atteindre cet objectif, la CES demande un renforcement de la formation en matière de santé et de sécurité au travail, des inspections ainsi que des sanctions afin de mettre fin aux accidents mortels sur le lieu de travail d’ici 2030 à travers l’UE.