La plus grande expérience de travail à domicile au monde, engendrée par le Covid-19, accélère la transition vers une nouvelle ère d'entreprises fonctionnant uniquement à distance. Les nouvelles récentes regorgent de déclarations d'entreprises sur l'extension des politiques de travail à domicile, certaines entreprises décidant de permettre aux salariés de travailler à domicile de façon permanente. Twitter, Facebook, Shopify et Coinbase sont des exemples d'entreprises qui ont annoncé publiquement un passage à long terme au télétravail permanent tout en déclarant que la fonction centrale du bureau faisait partie du passé. Ces changements s'accompagnent de risques inhérents pour les travailleurs.

Alors que les télétravailleurs jouissent des mêmes droits que les autres travailleurs, conformément à la directive sur l’égalité de traitement en matière d’emploi (2000/78/CE), l'application de ces droits peut devenir encore plus complexe avec la multiplication des lieux de travail virtuels. Un autre risque est la disparition progressive du lieu de travail physique, et par là même de la notion de choix en matière de travail à distance. L'accord-cadre européen sur le télétravail signé en 2002 couvre le caractère volontaire des accords de télétravail, mais il a une portée juridique limitée lorsqu'il s'agit de réglementer les entreprises qui ne font que du travail à distance. Le texte stipule que le télétravail peut être exercé ultérieurement sur une base volontaire ou peut être exigé dans le cadre de la description de poste initiale d'un travailleur. Dans ce dernier cas, le seul moyen pour les entreprises d'imposer le télétravail permanent est de ne pas renouveler les contrats de travail en cours et d'actualiser progressivement les descriptions de poste.

La tendance au télétravail permanent que les grandes sociétés de l'internet et les plateformes numériques encouragent s'explique par deux facteurs : les économies de coûts et la résilience des entreprises. Les économies réalisées résultent principalement d'une productivité accrue, d'une baisse des coûts immobiliers, d'une diminution de l'absentéisme et de la rotation du personnel, et d'une meilleure prévention des risques. Ce dernier poste de dépenses génère le deuxième facteur. De nombreux employeurs commencent à reconnaître le potentiel du télétravail comme moyen d'améliorer la résilience des entreprises face à des situations disruptives telles qu'une pandémie.

Il est alarmant de constater que les recherches montrent que la mise en place de dispositifs de télétravail à temps plein ne correspond pas aux préférences des salariés. Pendant le lock-out, seuls 13 % des travailleurs européens étaient prêts à travailler quotidiennement à domicile s'il n'y avait pas eu de restrictions liées au Covid-19 (Eurofound 2020). Une autre étude récente souligne que 27% des télétravailleurs considèrent le travail à distance comme une contrainte, dont 72% sont en état de détresse psychologique (Anact 2020). Ces chiffres soulignent le potentiel de préjudice inhérent au travail exclusivement à distance et accentuent encore plus l'importance primordiale d'encadrer le télétravail comme une option discrétionnaire et complémentaire mise à la disposition du travailleur.

Photo : Jack Sparrow