Alors que les restrictions en matière de confinement en Europe se sont lentement mais sûrement assouplies, le retour des travailleurs à leurs activités se fait de manières différentes selon l'industrie et le pays. Dans le cas de la Belgique, la reprise du travail a commencé le 4 mai. Mais certaines industries ne se sont jamais vraiment arrêtées, comme c'est le cas pour les services essentiels. Par ailleurs, quelques secteurs non essentiels ne se sont que partiellement arrêtés. C'est le cas du secteur des titres-services, ou plus précisément du secteur du nettoyage, où 8 % des entreprises n'ont jamais cessé leurs activités pendant la période de fermeture. Dans ce secteur, la reprise des activités s'est également faite rapidement, même en l'absence de conditions de travail sûres. La FGTB (Fédération générale du travail belge) a organisé une enquête au niveau fédéral à la mi-avril pour recueillir des informations directement auprès des travailleurs au sujet de leurs conditions de travail. Les résultats ont notamment montré que 84% des agents de nettoyage ne recevaient pas tous les équipements de protection individuelle (EPI) nécessaires pour effectuer leurs tâches en toute sécurité, que 90% des employeurs n'organisaient aucune formation sur les mesures de sécurité et que 65% des agents de nettoyage devaient travailler en présence du client qui venait régulièrement dans la même pièce qu'eux.

Une enquête de suivi réalisée début mai a révélé que déjà 3/4 du personnel de nettoyage avait repris ses activités. Les quatre principales raisons de leur retour au travail sont: les problèmes financiers (56%), la peur de perdre leur emploi (44%), le fait que leur employeur l'ait exigé (34%) et le fait que leurs clients l'aient exigé (33%). Autres chiffres inquiétants : 13% des agents de nettoyage ont déclaré n'avoir reçu aucun EPI de leur employeur, 56% ont déclaré ne pas pouvoir faire appel à un manager en cas de problème et 71% ont révélé que leurs clients venaient régulièrement dans la même pièce que celle dans laquelle il travaillait.

La FGTB a essayé de fournir des directives pour ce secteur avec les EPI recommandés. Cependant, comme l'indique Catherine Mathy, représentante syndicale de la FGTB dans la région de Charleroi-Sud Hainaut, "la fédération patronale a refusé d'apporter des changements ou des améliorations par rapport au guide générique. Nous avons donc un guide vraiment basique : respect de la distanciation sociale au travail, mais aucune obligation de porter un masque ou d'utiliser un désinfectant pour les mains". En revanche, la collaboration avec la Fédération wallonne des entreprises d'insertion sociale a donné des résultats nettement plus positifs : "Une analyse des risques de base a été réalisée et la fédération a demandé à toutes les entreprises qu'elle représentait de respecter au moins ce cadre".

Un outil qui a émergé dans le secteur sont les accords avec les clients. Ils comprennent des questions visant à faire état de la contamination des ménages et à déterminer si le client est une personne à haut risque de contamination. Pour Catherine Mathy, dans les entreprises utilisant les accords avec les clients, "il y a eu une réflexion sur la manière de réorganiser le travail. Mais il y a eu aussi une réflexion sur la charge psychosociale et dans certaines entreprises, un numéro de téléphone permettant de joindre une personne de contact a été mis en place". Ces entreprises ont vu leurs travailleurs reprendre leurs activités plus tard que d'autres; le client et le personnel de nettoyage étant rassurés et des EPI adéquats étant mis en place, on a pu constater que "50% des travailleurs ont repris le travail". Néanmoins, ces accords sont considérés comme des exceptions. Dans la région de Charleroi, la représentante syndicale estime que "plus ou moins 1/3 des entreprises ont mis en place des mesures et les ont respectées".

Photo de Tania Castro