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Menacée d’un procès coûteux, Meta prend ses distances vis-à-vis des allégations selon lesquelles l’un de ses principaux sous-traitants chargés de la modération de contenu a violé un certain nombre de droits des employés dans son hub au Kenya.

Les modérateurs de contenu sont essentiels dans l’écosystème des médias sociaux en raison du rôle qu’ils jouent dans la suppression des contenus illégaux ou interdits avant que l’utilisateur moyen ne les voie. Jour après jour, ils passent des heures à naviguer à travers le côté obscur des réseaux sociaux, s’acquittant de l’insupportable tâche de visionner les posts qui véhiculent et perpétuent la haine, la désinformation et la violence. Ils sont bombardés de milliers de vidéos, d’images et de diffusions en direct d’abus sexuels sur enfants, de viols, de tortures, de bestialité, de décapitations, de suicides et de meurtres. Les plates-formes de médias sociaux sous-traitent la plus grande partie de la modération du contenu, une pratique qui permet de maintenir des marges bénéficiaires élevées, mais au détriment de la santé de milliers de modérateurs. Ces dernières années, les récits de modérateurs de contenu souffrant de graves troubles de l’anxiété et de stress post-traumatique ont fait la une des médias à plusieurs reprises.

Le dernier en date concerne le géant des médias sociaux Meta — anciennement appelé Facebook — et son principal sous-traitant pour la modération de contenu en Afrique : Sama. Le cabinet d’avocats "Nzili and Sumbi Advocates" a allégué que Sama avait violé plusieurs droits de ses employés kenyans et internationaux, notamment ceux concernant la santé et la vie privée. "Les modérateurs de Sama signalent des violations à répétition : notamment des conditions de travail dangereuses, dégradantes et présentant un risque de syndrome de stress post-traumatique", a déclaré le cabinet d’avocats. Des allégations ont également été avancées selon lesquelles la productivité des employés de Sama était suivie à l’aide du logiciel de Meta afin de mesurer le temps d’écran et les mouvements des employés pendant les heures de travail. Malgré leur importance pour Facebook, les travailleurs de Sama font partie des travailleurs les moins bien payés de la plate-forme à travers le monde. Certains d’entre eux ne gagnent que 1,50 dollar US par heure. Il a été exigé des sociétés Meta et Sama qu’elles respectent les lois kenyanes sur le travail, la vie privée et la santé, notamment en fournissant à leurs modérateurs une assurance santé mentale adéquate et une meilleure rémunération. Par ailleurs, le cabinet d’avocats a exigé que les deux entreprises recrutent des professionnels de la santé qualifiés et expérimentés pour les modérateurs de contenu.

Pour Sama, les ennuis ont commencé en février 2022, lorsque le magazine Time décrivait dans un article comment la société recrutait ses modérateurs sous couvert du prétexte trompeur qu’ils acceptaient des emplois dans des centres d’appels. Les modérateurs de contenu ne se sont rendu compte de la nature de leur travail qu’après avoir signé un contrat de travail et s’être installés dans le hub à Nairobi, la capitale du Kenya. L’article a également révélé comment Sama, qui se qualifie d’entreprise d’"IA éthique", a muselé les efforts des travailleurs pour obtenir de meilleures conditions de travail. L’entreprise aurait licencié son ancien employé Daniel Motaung parce qu’il avait organisé une grève en 2019 pour dénoncer les mauvaises conditions salariales et de travail. Selon l’avocat de M. Motaung, Sama n’a pas fourni de soutien psychosocial ni de mesures de santé mentale adéquats, tels que des "pauses non planifiées selon les besoins, en particulier après une exposition à des contenus visuels à caractère violent". "La première vidéo qu’il se souvient avoir modérée était celle d’une décapitation. À ce stade, aucun soutien psychologique ne lui avait été proposé à l’avance", a déclaré le cabinet d’avocats.

Le cabinet d’avocats représentant M. Motaung a désormais menacé de donner suite à son projet d’action en justice. La société Meta a pris ses distances par rapport à ces allégations, affirmant qu’elle n’était pas au courant de l’accord entre son sous-traitant et M. Motaung. Sama a également nié toute faute et affirmé que le contrat avait été résilié en raison "d’actions inacceptables commises à l’encontre d’autres employés qui compromettaient leur sécurité". L’entreprise affirme également être transparente dans son processus d’embauche et entretenir une culture qui "donne la priorité à la santé et au bien-être des employés". Nous comprenons que la modération de contenu est une tâche difficile, mais indispensable pour garantir la sécurité de l’internet pour tous. C’est pourquoi nous investissons massivement dans la formation, le développement personnel et les programmes de bien-être".