Les équipements de protection individuelle (EPI) sont devenus le symbole de la lutte contre la propagation du SRAS-CoV-2, ou Covid-19, mais ces articles jetables et à usage unique soulèvent des problèmes de sécurité et de santé au travail (SST) plus complexes que l'on pourrait le croire.

La pénurie globale d'EPI a entraîné des infections et la mort de dizaines de milliers de travailleurs de la santé. Lorsque ces EPI sont disponibles, il peut y avoir des carences dans leur emploi en raison d’un manque de formation à leur utilisation correcte, et les EPI utilisés actuellement dans les hôpitaux ne sont pas conçus pour une utilisation prolongée et engendrent des problèmes tels que des maux de tête, des troubles de la vision et des irritations de la peau. Les masques constituent en outre une entrave à la communication et rendent plus difficile la prestation des soins, en aggravant ainsi le stress des travailleurs de la santé. Comme les EPI sont fabriqués à partir du " corps masculin moyen ", ils sont souvent peu adaptés pour les femmes, qui représentent la grande majorité des travailleurs de la santé et des soins.

Pourtant, le règlement européen sur les équipements de protection individuelle indique que les EPI doivent être "adaptés individuellement", ce qui signifie que des EPI doivent être disponibles pour répondre aux besoins et caractéristiques spécifiques de chaque utilisateur final : homme, femme ou jeune travailleur, ainsi que des personnes porteuses de handicap.

Avant la crise du Covid-19, les centres de production à bas coût comme la Chine ou la Malaisie étaient les principaux producteurs d’EPI tels que les masques, les gants chirurgicaux et les blouses médicales. Les conditions de travail dans ces chaînes d'approvisionnement mondialisées sont souvent caractérisées par la précarité de l’emploi, de très faibles salaires et des horaires de travail inhumains, et sous l'impulsion de la pandémie, de nombreux fabricants de vêtements en Asie se sont mis à fabriquer des EPI dans des ateliers clandestins.

La production d'EPI présente des risques importants pour la santé au travail ; la production des articles textiles à usage médical, tels que les masques et les blouses, a été associée au cancer du poumon et à la silicose, une inflammation chronique des poumons dues à l'exposition à la poussière de silice. Les travailleurs qui fabriquent des gants sont quant à eux exposés à des produits chimiques et des fumées toxiques, à des brûlures de la peau et des yeux dues à des températures pouvant atteindre 70°C, ainsi qu'au risque de perte de l'audition à cause de niveaux sonores excessifs. Des cas de travail forcé, de travail des enfants et de maltraitance des travailleurs ont été signalés.

La pandémie ne prendra fin que lorsque tout le monde aura accès aux vaccins. En attendant, la disponibilité d'EPI adéquats, adaptés et produits de manière éthique doit être considérée comme une priorité. Il faut également rappeler que si les EPI peuvent sembler le moyen le plus simple et le moins coûteux de protéger les travailleurs, ils constituent la forme la moins efficace de prévention des risques au travail. Le port d'un EPI est une mesure de protection individuelle qui doit toujours être associée à des mesures plus efficaces. Conformément à la directive-cadre de l'UE sur la sécurité et la santé au travail (Directive 89/391/CEE), les employeurs sont censés donner la priorité aux mesures de protection collective sur les mesures individuelles. L'employeur doit, notamment, mettre en place des moyens physiques qui limitent le risque, et des contrôles administratifs permettant d'organiser le travail en toute sécurité.