Les perspectives d’affiliation à un syndicat ont diminué dans 24 des 32 pays européens en 2010-2017, en comparaison avec la première décennie du XXIe siècle. Pourtant, même si le nombre d'affiliés est en baisse dans la plupart des pays, les travailleurs continuent de s'affilier chaque jour pour la première fois à un syndicat. En outre, depuis l'apparition de la crise du coronavirus, certains syndicats ont signalé une augmentation considérable du nombre de leurs adhérents.  De toute évidence, l'incertitude économique causée par la pandémie, ainsi que les préoccupations croissantes concernant les questions de santé et de sécurité au travail, ont, dans certains secteurs, poussé davantage de travailleurs à rejoindre les rangs des syndicats. La prudence est, bien sûr, de mise. Les retombées économiques de la pandémie entraînent des licenciements massifs et des suppressions d'emplois, ce qui signifie que les syndicats doivent s'attendre à une baisse du nombre d'affiliés.   Néanmoins, les nouveaux affiliés offrent de nombreuses opportunités aux syndicats, notamment dans leurs tentatives de "revitalisation". 

Il existe au moins deux bonnes raisons pour lesquelles il est important d'accorder une certaine attention aux nouveaux affiliés des syndicats. La plupart des adhérents qui décident de quitter le syndicat le font au cours de leurs premières années d’affiliation. Toute stratégie de rétention concernant la syndicalisation doit donc se concentrer principalement sur cette période. Deuxièmement, les nouveaux arrivants qui adhèrent à un syndicat pour la première fois n'ont pas été influencés par une expérience syndicale ou une socialisation antérieures. Ce sont de nouveaux venus et la plupart d’entre eux sont jeunes. Cela signifie qu'il existe parmi eux un grand potentiel d'énergie novatrice, d'idées nouvelles et de créativité. Quelle meilleure aide pour revitaliser les syndicats !  

Les recherches que j’ai menées ont montré qu'une masse importante de nouveaux arrivants a, en fait, montré une volonté de s'impliquer davantage dans les activités syndicales. Dans une enquête menée auprès de nouveaux affiliés à un syndicat belge, pas moins de 41 % d'entre eux se sont déclarés (tout à fait) prêts à accomplir au moins une petite tâche visant à atteindre des membres potentiels. La conviction que l'implication personnelle d'une personne fera une différence dans le syndicat est, en particulier, un moteur fort et intrinsèque pour assumer de petites tâches syndicales. Ces observations suggèrent plusieurs recommandations politiques sur le recrutement et la rétention des affiliés aux syndicats. 

Tout d'abord, les tâches varient en fonction du temps, des compétences et du stress. Les syndicats devraient donc tester quel type de tâches convient à quelles catégories d'affiliés. Aider son syndicat à rédiger une brochure sur une campagne ou une action syndicale n'est pas la même chose que de distribuer cette même brochure dans un espace public. 

Deuxièmement, le renforcement des liens entre les affiliés et les syndicats par le biais des tâches syndicales est plus efficace lorsqu'il est soutenu par une vision politique articulée et des objectifs à long terme. Stimuler l'auto-organisation ou la responsabilisation des travailleurs nécessite donc non seulement une formation, mais aussi un encadrement et une sensibilisation politique. 
Troisièmement, les syndicats doivent envisager une perspective de "développement" de la participation syndicale, c'est-à-dire une approche progressive qui, avec le temps, établit un soutien mutuel entre les représentants syndicaux (trop sollicités) et les affiliés qui sont prêts à offrir leurs services au syndicat. 

Enfin, il est essentiel d'identifier et de s'adresser aux nouveaux arrivants potentiellement intéressés par la militance, sous des formes plus ou moins exigeantes. À cet égard, l'inclusion d'une question dans le formulaire d'inscription demandant à la personne d'évaluer dans quelle mesure elle estime pouvoir faire la différence dans le syndicat pourrait être très révélatrice. Les réponses à cette question pourraient servir de base à l'élaboration de stratégies de rétention et au ciblage de groupes spécifiques d'affiliés afin qu'ils s'engagent dans un apprentissage organisationnel. Les nouveaux arrivants qui montrent une forte conviction de la valeur qu'ils peuvent apporter au syndicat sont des atouts à portée de main. Ils peuvent en outre être placés sur une voie rapide pour accomplir des tâches plus exigeantes. Mais ceux qui sont peu convaincus ont également besoin d'attention, peut-être même davantage. 
 
Cet article est paru pour la première fois sur le blog d’experts IndustriAll-ETUI et est basé sur Vandaele K. (2020) Newcomers as drivers of union revitalization : survey evidence from Belgium, Relations Industrielles/Industrial Relations, 75(2), pp.35 
 
Crédits photos : world-apart