Le périodique français Santé & Travail, lié au mouvement mutuelliste, et HesaMag, le magazine de l'ETUI consacré à la santé au travail, ont mené l'enquête sur la place réservée à ce sujet à l'aube du scrutin européen de mai prochain. Santé & Travail a demandé à plusieurs députés européens de dresser un bilan de la législature qui se termine.

"Cinq ans de perdus", estime le socialiste espagnol Alejandro Cercas. "On nous a donné des miettes pour que le Parlement ait l'impression de ne pas tourner à vide", renchérit-il. Karima Delli se montre moins défaitiste, insistant sur les "positions très progressistes" prises par le Parlement européen ces dernières années. L'écologiste française épingle l'adoption d'une résolution invitant la Commission à proposer une directive sur les restructurations d'entreprises …qui est restée lettre morte.

L'eurodéputée française Elisabeth Morin-Chartier (PPE) évoque pour sa part l'adoption d'une directive sur la protection des travailleurs contre les champs électromagnétiques, qu'elle qualifie de "victoire législative".

Les eurodéputés semblent s'accorder sur la nécessité de renforcer l'inspection du travail et les échanges d'informations entre pays, afin notamment de contrer les pratiques les plus déloyales, qui ont essaimé ces dernières années à travers le détachement des travailleurs

Elisabeth Schroedter, eurodéputée écologiste, attribue la paralysie des politiques européennes en santé et sécurité au travail à l'influence du Premier Ministre britannique conservateur David Cameron.

"Les attaques de David Cameron, qui a annoncé vouloir tuer la stratégie en santé et sécurité au travail, ont renforcé mon engagement", explique même Judith Kirton-Darling, l'ex-secrétaire confédérale de la Confédération européenne des syndicats qui se présente aux prochaines élections européennes.

Dans le dernier numéro de HesaMag, Laurent Vogel, chercheur à l'ETUI, détaille le rôle joué par Mr Cameron dans l'essor des politiques de dérégulation promues ces dernières années par la Commission européenne. Il considère cependant que les bases idéologiques qui expliquent l’abandon des politiques communautaires en santé au travail sont partagées par de nombreuses autres formations politiques.