AMIANTE_et_cancer.jpg

Une recherche met à nouveau en évidence les failles du système de reconnaissance en maladie professionnelle des cancers liés au travail en France.

Dans le cadre de sa thèse de doctorat en santé publique, Sylvie Platel a étudié les dossiers en reconnaissance en maladie professionnelle introduits par 65 patients (60 hommes et 5 femmes) atteints de cancers, essentiellement broncho-pulmonaires.

Préalablement à l’introduction de leur demande, ces patients avaient participé à un projet de surveillance des cancers professionnels dans le département de Seine-Saint-Denis (nord-est de Paris). Intitulé GISCOP93, ce projet avait permis d’établir pour la plupart d’entre eux (63 sur 65) leur exposition passée à plusieurs cancérogènes tout au long de leur vie professionnelle.

Malgré ces éléments attestant d’une exposition sur le lieu de travail à des cancérogènes avérés, seuls 35 d’entre eux ont obtenu la reconnaissance de leur cancer en maladie professionnelle, principalement parce qu’une exposition passée à l’amiante a pu être établie.

Ce taux de reconnaissance modeste (un peu plus de 50 % des cas) est cependant supérieur à celui observé à l’échelle nationale.

Sylvie Platel épingle, dans un document de synthèse de sa recherche, les limites du système français de reconnaissance des cancers professionnels, qui repose principalement sur des tableaux de maladies professionnelles qui n’incluent que 22 localisations de cancer (par ex. poumon, sinus, vessie) associées à une vingtaine de substances cancérogènes. Ce système de liste limitative est complété par un système dit « complémentaire » qui exige du patient qu’il apporte les preuves d’un lien de causalité entre ses conditions de travail et sa pathologie.

Ces systèmes ont tendance à établir une association stricte entre un type de cancer et une seule substance. Ils réduisent considérablement les chances pour les patients ayant été exposés à plusieurs cancérogènes de voir leur dossier aboutir.

Outre la logique sur laquelle reposent ces systèmes, l’auteure de l’étude épingle également des facteurs liés à la situation personnelle dans laquelle les victimes se trouvent.

« La maladie, les traitements, les doutes et la lassitude, l’incompréhension des modalités médico-administratives parfois complexes sont autant de facteurs qui conduisent les patients et leurs ayants droit à se désengager et à attendre passivement l’issue du processus », observe Sylvie Platel.

Celle-ci rappelle que les cancers liés au travail touchent principalement les ouvriers

En savoir plus :

Platel S. (2018) Cancers liés au travail : une reconnaissance en maladie professionnelle à deux vitessesx, Centres d’études de l’emploi et du travail.

Lire les articles parus dans HesaMag sur la même problématique :