Les tendances concernant l’évolution de l’emploi sont différentes en Europe. Les divergences entre pays et, souvent, entre les régions d’un même pays sont très fortes. Pour ne citer qu’un indicateur, le taux de chômage est passé de 7 % à presque 10 % entre 2008 et 2011 dans l’Union européenne, mais il a augmenté de façon dramatique en Espagne et en Grèce tandis qu’il a diminué en Allemagne. L’ampleur de la crise, les différences dans les politiques publiques, l’efficacité variable des luttes syndicales contre les fermetures et les licenciements ainsi que la distribution de l’emploi entre les différents secteurs d’activité sont autant d’éléments qui interviennent dans ces divergences. 

Par contre, un constat commun se dégage. Les pertes d’emploi ne poussent pas les conditions de travail vers le haut. Contrairement à une croyance simpliste, ce ne sont pas nécessairement les emplois de mauvaise qualité liés à des secteurs traditionnels ou à des métiers peu qualifiés qui disparaissent. L’analyse des enquêtes sur les conditions de travail n’établit pas de corrélation entre pertes d’emploi et amélioration des conditions de travail. Différents cas de figure se présentent. Des pertes d’emploi importantes vont souvent de pair avec une dégradation des conditions de travail.

Une partie significative des emplois nouveaux qui apparaissent ou des emplois existants qui sont maintenus sont associés à des facteurs négatifs comme le travail répétitif, l’absence d’autonomie, le non-respect des droits, des statuts précaires. À défaut de politique réelle et cohérente, le slogan "more and better jobs" (plus d’emplois et de meilleurs emplois) a dominé les interventions de l’Union européenne depuis ce qu’on appelait la stratégie de Lisbonne, adoptée en 2000. La réalité est très loin du mot d’ordre. Les innombrables mérites que l’on a voulu associer à une "économie de la connaissance" n’ont pas tenu leurs promesses. Dans certains pays, c’est moins d’emploi et d’une moindre qualité. Ailleurs, les éléments quantitatifs et qualitatifs peuvent être dissociés. En Allemagne, depuis les réformes Hartz intervenues au début des années 2000, l’on a assisté à la multiplication des mini-jobs avec des salaires mensuels inférieurs à 450 euros et des midi-jobs avec des salaires se situant entre 450 et 850 euros.

Les statistiques générales ne décrivent que des moyennes. Si l’on examine la situation de façon plus détaillée, la montée des inégalités sociales est criante. Pour les femmes, c’est la croissance du temps partiel qui est le phénomène le plus préoccupant. Il est associé à de bas salaires et, très souvent, à de mauvaises conditions de travail. Côté emploi, il aboutit à collectiviser le chômage parmi les femmes tout en limitant leur accès aux systèmes d’indemnisation. Dans presque tous les cas, un emploi à temps partiel – même s’il est associé à un salaire très bas — ne donne droit à aucune indemnité de chômage. Pour les jeunes, c’est une montée dramatique de la précarité: contrats temporaires, faiblesse des droits collectifs, conditions de travail qui associent les facteurs traditionnels de risque comme les accidents et les atteintes à la santé avec une organisation du travail despotique qui impose une véritable "corvéabilité".

La pression que le chômage exerce sur les salariés est énorme. Partout, le patronat exige de sacrifier la qualité des conditions de travail à une défense souvent illusoire de l’emploi. Rallongement de la durée du travail, flexibilité accrue, rabotage des droits collectifs, modération salariale sont annoncés d’emblée comme le cadre fermé de toute négociation.

Il s’agit, à l’inverse, de réaffirmer que l’emploi et les conditions de travail sont les deux facettes d’une même réalité. Améliorer les conditions de travail et combattre fermetures et licenciements sont des nécessités immédiates et complémentaires. De la réduction du temps de travail à la lutte contre la précarité, l’emploi et les conditions de travail apparaissent comme des objectifs complémentaires. Il serait inutile et dangereux desacrifier l’un à l’autre•.

Editorial

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